L'enquête des BTS ACS'Agri
L’après-midi, comme habituellement, a été ouverte par des étudiants de l’établissement avec la restitution d’un projet pédagogique mené avec Afdi sur le sujet. Le projet d’installation à l’épreuve du terrain : aspirations de futurs installés VS bilan de jeunes installés.
Répartis en binômes, les BTS ACS’Agri 1, encadrés par leur enseignante d’éducation socio-culturelle Elena Garnier ont mené une enquête auprès de plusieurs jeunes installés (2 à 4 ans post-installation) sur la manière dont ils se sont appropriés leur projet et quelles priorités et pratiques ils mettent finalement en œuvre au sein de leur exploitation. Ils ont complété cette enquête par des échanges avec d’autres camarades sur leurs prévisions d’installation et les principaux enjeux auxquels ces derniers s’attendaient à faire face. Cinq étudiants sont donc montés sur scène pour représenter leur camarades et évoquer la diversité des témoignages balayés par l’enquête, complétés d’extraits audio des interviews. Stratégie globale d’exploitation, relations avec les futurs associés ou le cédant, anticipation du changement climatique, équilibre vie pro – vie perso, nouvelles technologies, appui des OPA et intérêt de bien connaître son modèle économique et ses propres chiffres… L’enquête a permis aux jeunes de se confronter à une diversité de profils et de questions à prendre en compte concrètement dans leur futur projet d’installation.
L'installation des jeunes à Madagascar - Focus
L’après-midi s’est ensuite poursuivie direction Madagascar avec premièrement, le visionnage d’une vidéo d’information sur un partenaire d’Afdi BFC, l’organisation paysanne MTF, localisée au Nord de Madagascar en région Diana, qui s’investit dans l’installation des jeunes. La vidéo comprenait le témoignage de son président mais également de plusieurs jeunes agriculteurs accompagnés (environ 5 par an avec une dotation de 700 000 ariary équivalent à 150 €). Elle a permis aux participants et notamment aux BTS présents, de mieux visualiser le système agricole local, manuel et basé sur le riz et la canne à sucre. La vidéo a ensuite été commentée par Etienne Degay, qui a présenté le contexte du partenariat.
Ensuite, l’assemblée a accueilli en visioconférence la chercheuse Perrine Burnod, spécialiste des questions foncières malgaches, affiliée au Cirad – Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement et détachée à l’Université d’Antananarivo. Avec plusieurs autres chercheurs malagasy et français, elle a fondé le think tank Tany visant à mener des recherches sur les enjeux de l’installation des jeunes et de l’accès au foncier à Madagascar afin de contribuer à l’élaboration de politiques agricoles adaptées. Un état des lieu quantitatif via le croisement de diverses bases de données existantes vise actuellement à combler l’absence de recensement agricole récent à Madagscar et à mieux renseigner l’évolution de l’accès à la terre pour les jeunes au cours du temps et en comparaison de leurs ainés.
Elle a donc rappelé la jeunesse de la population malgache, dont les trois quarts de la population a moins de 35 ans, qui implique l’arrivée chaque année de 500 000 jeunes ruraux sur le marché du travail et mécaniquement une augmentation du nombre d’exploitations, divisées par héritages, contrairement au contexte français de concentration des fermes. La surface moyenne est en diminution depuis plusieurs décennies pour atteindre 0,6 ha en moyenne actuellement. Cette situation implique une saturation des bas-fonds propices à la riziculture irriguée et majoritairement occupés par les ainés, une extention vers les coteaux (tanety) et des migrations forcées à l’intérieur du pays de plus en plus importantes, de même que des stratégies de mise en valeur atypiques et de dernier recours, à l’image d’un jeune enquêté aménageant sa propre parcelle par apports de terre, à partir d’un rocher plat en bordure de cours d’eau.
Elle a également abordé la dimension familiale de l’accès à la terre : l’héritage d’une parcelle autonome de l’exploitation familiale n’a lieu qu’à partir de la mise en couple des jeunes, en priorité les hommes. Don qui en revanche implique pour le couple de contribuer à part entière aux obligations de contributions sociales / mécanismes de solidarité liées à la famille élargie, sur son propre revenu. La balance potentiel de revenu / contreparties envers la famille peut parfois être défavorable. Avant, une parcelle de « mise en jambe » peut être mise à disposition temporairement par la famille. 86 % des jeunes de 15 à 35 ans sont propriétaires, mais en moyenne de surfaces moindres que les plus agés. 40% possèdent moins de 0,5 ha (d’une valeur qui équivaut à plus d’un an de salaire d’ouvrier agricole). Les jeunes recourent aussi à l’achat de terres mais ces transactions se font au maximum au sein d’une même famille élargie. Le faire-valoir indirect (fermage / metayage) permet en moyenne de doubler la surface exploitée mais la conccurence est rude et il faut souvent pouvoir céder la somme associée bien en amont de la saison principale de culture.
Ainsi, pour les jeunes agriculteurs, la constitution d’un premier revenu et de l’épargne nécessaire passe souvent par les petits élevages à cycle court (volailles, porcins) pour se constituer le pécule nécessaire. Enfin, elle rappelle l’intérêt de cibler les jeunes agriculteurs dans le cadre de l’appui au développement, car elle représente une population importante et particulièrement vulnérable.
S'installer en société avec ses proches : quel accompagnement possible sur le plan humain ?
La dernière partie de l’après-midi a été consacrée à l’accompagnement des enjeux humains dans les exploitations en société dans le Jura, qui ont concerné plus des deux tiers des installations en 2025. Problématique clef pour la perennité des exploitations collectives entre proches, où les enjeux économiques et de gestion sont intimement liés aux dynamiques familiales.
Françoise Pagnier, formatrice à l’ADFPA du département, a présenté les modalités d’accompagnement existantes après avoir rappelé les essentiels du parcours à l’installation. Ont été évoqués le « GAEC à l’essai », qui permet un accompagnement sur un an en amont de l’installation pour commencer à travailler en conditions réelles avec ses associés envisagés, la formation collective « Réfléchir son projet de société » proposée dans le cadre du parcours installation à certains profils, et son extension spécifique pour les couples, proposé post-installation. Une formation spécifique personnalisée existe également pour les exploitations qui souhaiteraient traiter leur seul cas entre associés.
Françoise Pagnier a ensuite détaillé le contenu et les apports de la formation « Réflechir son projet de société » qui en 21h30, amène les associés à clarifier leurs fonctionnements et aspirations personnelles ainsi que le « fond commun » qui fonde leur projet collectif. Elle aborde également les bonnes pratiques de communication et d’organisation du travail qui permettent de prévenir et désamorcer les conflits. Les aspects juridiques, fiscaux et financiers sont abordés avec comme fil rouge la rédaction du règlement intérieur de la société. Cette présentation, assortie du retour d’expérience de la formatrice, a été particulièrement pertinente pour la classe de BTS présente dans le public.



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