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C'est également une présence dans différents pays à travers le monde :

Ce nouveau numero de Paroles Paysannes présente le regard d’Ishmael Sunga, Directeur général de la Southern African Confederation of Agricultural Unions (SACAU), une confédération qui réunit vingt organisations paysannes de treize pays d’Afrique australe.
Afdi – Agriculteurs français et développement international – agit, depuis cinquante ans, aux côtés des organisations paysannes. Son action repose sur la reconnaissance des savoirs issus de la pratique et sur la conviction que les réponses aux défis agricoles se construisent à partir des territoires.
Ce nouveau numero de Paroles Paysannes présente le regard d’Ishmael Sunga, Directeur général de la Southern African Confederation of Agricultural Unions (SACAU), une confédération qui réunit vingt organisations paysannes de treize pays d’Afrique australe.
Dans les débats internationaux sur le climat, l’agriculture familiale est souvent évoquée comme un secteur vulnérable. Pour Ishmael Sunga, cette lecture est incomplète. Les exploitations familiales sont certes fortement exposées aux effets du dérèglement climatique, mais elles constituent aussi un socle de solutions concrètes, déjà mises en œuvre sur de nombreux territoires.
En Afrique australe, où l’agriculture fait vivre une part majeure de la population, les producteurs sont confrontés à la variabilité des pluies, à la dégradation des sols et à la pression croissante sur les ressources naturelles. Face à ces contraintes, les producteurs ajustent leurs pratiques à travers la diversification des cultures, la gestion collective de l’eau, l’agroforesterie, la restauration des terres dégradées, parmi d’autres exemples. Ces réponses ne relèvent pas de modèles théoriques, mais d’expériences construites dans la durée.
Lors de son intervention récente au Brésil dans le cadre de la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 30), Ishmael Sunga a porté un message clair : les agriculteurs familiaux sont en première ligne face au dérèglement climatique, mais ils sont aussi détenteurs de réponses concrètes, ancrées dans les savoirs locaux, les pratiques agroécologiques et l’organisation collective.
Son intervention vise à rappeler que les politiques climatiques, notamment à travers les Contributions Déterminées au Niveau national (NDC), gagnent en efficacité lorsqu’elles s’appuient sur ces dynamiques locales. Intégrer l’agriculture familiale dans les stratégies climatiques nationales revient à reconnaître son rôle central dans la souveraineté alimentaire, la résilience des territoires et la stabilité sociale, ainsi que l’importance d’associer pleinement les producteurs et productrices aux décisions qui engagent l’avenir de l’agriculture et des systèmes alimentaires.
« La plupart des recherches sont faites pour les agriculteurs, et non avec eux. Résultat : les solutions proposées ne répondent pas toujours aux réalités du terrain. »
Ce constat est largement partagé par les organisations paysannes : malgré des investissements importants dans la recherche agricole, une partie des innovations développées peine à trouver une traduction concrète dans les exploitations familiales. Cette difficulté s’explique par une prise en compte encore insuffisante des contraintes locales, des priorités exprimées par les producteurs et des savoirs issus de l’expérience de terrain.
Pour autant, il ne s’agit pas d’opposer savoirs scientifiques et savoirs paysans. Ishmael Sunga insiste au contraire sur la nécessité d’une reconnaissance mutuelle et d’un dialogue structuré entre les deux formes de connaissances. Les agriculteurs produisent des savoirs par l’observation, l’expérimentation et l’adaptation permanente à leur environnement, tandis que la recherche scientifique apporte des capacités d’analyse, de mesure et de diffusion à plus grande échelle.
Les politiques climatiques sont souvent construites à partir d’approches technico-économiques, cette complémentarité reste encore insuffisamment mobilisée. Pour Ishmael Sunga, renforcer les espaces de dialogue entre chercheurs, décideurs publics et organisations paysannes constitue un levier essentiel pour mieux intégrer la diversité des contextes agricoles et améliorer la pertinence des réponses proposées.
« Les paysans et les chercheurs ont chacun des connaissances essentielles et qui se complémentent. Et il existe encore beaucoup de choses que nous devons découvrir ensemble. »
Au-delà de la production de connaissances, Ishmael Sunga souligne la place centrale des organisations paysannes dans les processus de recherche et de décision. Trop souvent, celles-ci interviennent en aval des projets, sans pouvoir influencer les orientations initiales. Il insiste sur la nécessité d’investir dans les infrastructures rurales, de renforcer l’équité au sein des chaînes de valeur, de sécuriser l’accès au foncier et aux financements, et de reconnaître les services environnementaux rendus par les agriculteurs.
« Les agriculteurs doivent participer à la définition des priorités, à la conception des projets, à leur mise en œuvre et à leur évaluation »
Cette approche suppose un changement de posture de la part des différents acteurs, en acceptant de s’inscrire dans des démarches plus longues, plus participatives et davantage ancrées dans les réalités locales. Dans le contexte des NDC, cet enjeu revêt une importance particulière. Ces documents structurent les politiques agricoles et climatiques pour plusieurs années, mais leur élaboration demeure largement pilotée par des instances nationales ou internationales. Pour SACAU, intégrer les organisations paysannes dans ces processus permet à la fois d’améliorer la pertinence des mesures et d’en renforcer l’appropriation par les agriculteurs.
Les organisations paysannes jouent également un rôle clé dans la diffusion des pratiques, la formation des producteurs et le suivi des engagements pris par les États. Elles constituent un lien essentiel entre les orientations politiques et les réalités de terrain.
« Les agriculteurs contribuent à nourrir les populations, à préserver les ressources naturelles et à maintenir la vie dans les territoires. Ces contributions doivent être reconnues et soutenues. »
Dans les zones rurales d’Afrique australe, les femmes et les jeunes occupent une place déterminante dans la production agricole, tout en étant confrontés à des obstacles spécifiques : accès limité au foncier, aux financements, à la formation et aux espaces de décision. Ishmael Sunga souligne que les politiques climatiques ne peuvent ignorer ces inégalités sans en compromettre l’efficacité.
Pourtant, ces acteurs jouent un rôle essentiel dans l’adaptation au changement climatique. Leur capacité à s’approprier de nouvelles pratiques, à intégrer les innovations et à s’organiser collectivement constitue un levier majeur de transformation des systèmes agricoles. Former la relève ne se limite pas à la transmission de techniques : il s’agit également de créer des conditions favorables à l’installation, à l’apprentissage continu et à la prise de responsabilités.
Intégrer les enjeux de genre et de jeunesse relève ainsi à la fois d’une exigence d’équité et d’une condition de durabilité. L’investissement dans les compétences, l’autonomie économique et la reconnaissance du rôle des femmes et des jeunes agriculteurs apparaît comme un facteur clé pour renforcer la résilience des systèmes agricoles. Ishmael Sunga appelle à des politiques qui reconnaissent pleinement leur contribution, notamment à travers des incitations économiques, des financements climatiques adaptés et des dispositifs de protection face aux risques climatiques.
« Les jeunes ont besoin de voir que l’agriculture peut offrir un avenir digne et stable. Sans cela, il sera difficile d’assurer la relève »
À travers son intervention, Ishmael Sunga rappelle que les politiques climatiques et agricoles gagnent en cohérence et en efficacité lorsqu’elles s’ancrent dans les réalités des territoires. Reconnaître pleinement le rôle des agriculteurs familiaux, valoriser les savoirs issus de la pratique et associer les organisations paysannes aux processus de décision constituent des leviers essentiels pour répondre aux défis du changement climatique, de la sécurité alimentaire et de la résilience des systèmes agricoles.
Dans cette perspective, il souligne l’importance d’une recherche pensée et construite avec les producteurs et productrices, capable de dialoguer avec leurs expériences et de répondre à leurs priorités.
« Soutenir la recherche conduite avec les agriculteurs, ce n’est pas un choix secondaire. C’est une condition pour que les politiques agricoles produisent des effets durables et bénéfiques pour les territoires. »
Paroles à Moussa Para Diallo, producteur de pommes de terre, président fondateur de la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) et président de la Confédération nationale des organisations paysannes de Guinée (CNOP-G)
Depuis cinquante ans, Afdi tisse des liens entre les agricultures du Nord et du Sud, favorisant les échanges de savoirs et la coopération entre pairs. À l’occasion de cette série anniversaire, ce septième et dernier numéro de Paroles Paysannes clôt l’édition spéciale 50 ans en donnant la parole à Moussa Para Diallo, président de la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) en Guinée. Depuis Timbi Madina, il conclut le fil des récits inaugurés par Robert Duclos - premier président d’Afdi - en partageant son expérience d’agriculteur, son engagement pour l’agriculture familiale et le rôle joué par Afdi dans le développement des filières locales
Moussa Para Diallo est producteur de pommes de terre, président fondateur de la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) et président de la Confédération nationale des organisations paysannes de Guinée (CNOP-G), installé à Timbi Madina, dans la préfecture de Pita, en Guinée. Depuis de nombreuses années, il consacre son énergie à développer l’agriculture locale et à accompagner ses pairs pour qu’ils vivent dignement de leur métier.
La Fédération des Paysans du Fouta Djallon a vu le jour en 1992, à Timbi Madina, portée par l’initiative des paysans de la région. Moussa Para Diallo, alors jeune paysan engagé, fait partie des pionniers qui ont porté ce projet depuis ses premiers jours.
« La Fédération est née d’un besoin essentiel : améliorer les revenus des paysans, structurer le monde rural jusque-là dispersé, et valoriser nos cultures. »
La FPFD intervient sur plusieurs filières stratégiques : le riz, le maïs, la tomate, l’oignon et la pomme de terre. Pour organiser efficacement la production, la fédération s’est progressivement structurée.
« Nous avons commencé par regrouper les producteurs dans des unions locales, puis nous avons créé une fédération. Chaque étape visait à mieux organiser la filière et à offrir un accompagnement technique constant. »
Dès 1995, Afdi Nord–Pas-de-Calais (l’actuel réseau Hauts-de-France) a apporté un soutien à la FPFD dans la structuration de la filière pomme de terre et la formation technique des producteurs. Puis, la collaboration s’est concentrée sur l’accès aux intrants essentiels : semences, engrais, matériel agricole…
« Avec Afdi, nous avons posé les fondations de la filière : trouver des fournisseurs fiables pour les semences et les intrants, identifier la machinerie adaptée, et mettre en place l’irrigation. À chaque étape, nous avancions ensemble. »
L’objectif était double : développer la production dans les parcelles individuelles des membres et aménager une plaine mécanisée pour installer durablement les jeunes agriculteurs. Tracteurs réhabilités, équipements adaptés, outils indispensables comme planteuses, buteuses ou charrues… la Fédération a progressivement assemblé tout ce qui était nécessaire pour produire en quantité et en qualité.
L’irrigation a constitué une autre étape majeure. Des techniciens guinéens ont été envoyés en formation, notamment en gestion de chambres froides, aux côtés d’Afdi Hauts-de-France, afin de renforcer leurs compétences
Alors que la filière se consolidait, le mildiou, capable de détruire en quelques jours des parcelles entières, est apparu. Pour y faire face, Afdi a dépêché un expert en Guinée afin de former les producteurs sur les bonnes pratiques pour limiter la propagation de la maladie.
« Cette opération a permis de réduire les dégâts. Aujourd’hui, nous maîtrisons mieux les risques sanitaires sur la pomme de terre. »
La Fédération a progressivement organisé la collecte et la commercialisation des récoltes, d’abord sur les marchés guinéens puis vers certains pays voisins. Et pour permettre à la filière locale d’émerger dans de bonnes conditions, la FPFD a obtenu de l’État guinéen qu’il instaure une fermeture temporaire des importations de pommes de terre européennes durant la saison de commercialisation de la production nationale.
Les jeunes agriculteurs bénéficient prioritairement de parcelles individuelles aménagées dans la plaine. Ainsi, en parallèle de la structuration de la filière, Afdi a pris place aux côtés de la Fédération pour accompagner la formation de ces jeunes agriculteurs.
« Avec Afdi, nous avons commencé par former nos jeunes hommes et nos jeunes femmes, leur donner les clés pour installer leurs propres exploitations et maîtriser les techniques agricoles essentielles. »
Pour rendre cet apprentissage concret, Afdi a mis en lien la FPFD avec une école de machinisme agricole. Tracteurs réhabilités, formation au pilotage et à la maintenance des machines… ils y ont trouvé un terrain d’expérimentation pour enrichir leurs compétences.
« Nous avons envoyé nos jeunes à Savy-Berlette pour se former à la mécanisation, à l’irrigation et à la maintenance. Ils se sont imprégnés d’un autre fonctionnement agricole et sont revenus en Guinée motivés. »
Réciproquement, des lycéens français sont venus en Guinée, partageant leur regard sur l’agriculture.
« Ces échanges nord-sud, et aussi sud-nord, étaient fréquents et toujours très riches. Ils ont créé des liens humains autant que des compétences techniques. »
Afdi a également travaillé avec la FPFD dans la création d’un réseau de conseillers de gestion, accompagnant la réflexion des producteurs à l’économie de leur exploitation agricole, puis à innover dans la mise en œuvre d’une démarche de « conseil global » destiné aux jeunes producteurs. A partir d’un objectif à long terme de développement familial et agricole, et sur la base d’un diagnostic, les jeunes font évoluer leurs systèmes d’exploitation en gérant les priorités et en mettant en place des stratégies cohérentes.
Pour répondre aux besoins d’une nouvelle génération d’agriculteurs et favoriser leur prise de responsabilités, la FPFD a créé une commission jeunesse, déployée dans l’ensemble des unions. À travers celle-ci, des groupes d’échanges numériques ont vu le jour : un espace où les jeunes discutent de questions économiques, sociales, organisationnelles, dépassant ainsi les difficultés de déplacement dans la région. Un animateur dédié assure leur coordination et la circulation de l’information.
« Le monde évolue, alors on travaille désormais sur le numérique et sur l’accompagnement des jeunes, y compris dans la digitalisation du conseil à l’exploitation familiale. Cette démarche vise à préparer une relève solide en formant de futurs responsables du mouvement paysan. »
Moussa Para Diallo insiste sur l’importance d’agir avec constance et responsabilité, en valorisant les ressources locales et en s’installant durablement sur le territoire. Pour lui, chaque action quotidienne peut inspirer les autres et montrer la voie :
« Tous les jours, à chaque heure, il faut travailler et ne pas dépendre d’autrui, valoriser nos ressources et s’installer durablement. »
Conscient de la richesse naturelle de sa région – terres fertiles, eau abondante et climat favorable – il souligne que les habitants disposent des conditions idéales pour construire leur développement local. Moussa plaide en faveur de l’autonomie des agriculteurs guinéens :
« Le développement doit d’abord venir de nous-mêmes. Il appartient aux Guinéens de s’engager activement dans le développement de leurs territoires et de mettre en œuvre leurs projets avec détermination. »
Encourager les jeunes à s’installer demeure au cœur de sa vision: limiter les départs, renforcer les dynamiques locales et valoriser le potentiel que recèle la Guinée.
À travers son témoignage, Moussa Para Diallo illustre la force d’un partenariat fondé sur la confiance, la proximité et la vision partagée. Alors que la filière pomme de terre est devenue rentable, le partenariat continue d’évoluer, s’adaptant aux besoins nouveaux et aux défis émergents de la Fédération à travers les années.
Pour lui, Afdi et la Fédération des Paysans du Fouta Djallon avancent main dans la main, s’adaptant aux défis contemporains tout en préservant l’esprit de solidarité qui les unit.
« Notre collaboration est avant tout humaine. Elle permet de soutenir les jeunes, de consolider les filières et de construire un avenir durable. Je souhaite conserver notre partenariat avec Afdi pour toujours, et que l’organisation prospère pendant encore 50 ans. »
1 rue des Coulots
21 110 Bretenière
03 80 48 43 27